« Vivre ensemble », avez-vous dit ?

Quelques éléments du contexte actuel rendent pertinent la revisitation du « vivre ensemble », locution nominale de plus en plus sollicitée en ces temps de crises.

Le pluralisme, la rationalisation, la normalisation…toutes ces transformations sociales, politiques, économiques, culturelles interrogent le sens de cette locution, ici ou ailleurs.

On peut s’interroger s’il est véritablement possible et aisé de prendre en compte et de suivre ces évolutions majeures de manière rassurée, d’ouvrir la voie à des formes de coexistence nouvelles et laïques favorisant la création de valeurs communes et donc de sens commun, pour notre équilibre social. 

Se poser de telles questions revient à questionner les identités individuelles enjointes à l’heure actuelle à la responsabilisation, face au délitement du lien social. 

Mais comment redéfinir le lien social à l’intérieur d’espaces de vie public et des instances de régulation, pour répondre à la difficulté d’individuation et d’autonomisation de chacun dans un monde aux repères et frontières mouvantes, générant des conflits au sein des institutions, des localités et des entreprises ? 

Les crises socioculturelles et socioreligieuses 

La coexistence socioreligieuse ou socioculturelle, dans le monde comme en France, nous parait toujours difficile : du fait de la crise des repères et des valeurs ; du fait de la mauvaise compréhension de la laïcité et de ses principes, de la démocratie et ses exigences, de la république et de ses prérogatives régaliennes mais encore ; du fait de l’exacerbation d’un sentiment d’insécurité. 

Chacun à sa porte et à sa mesure crée ses propres croyances, inclusives ou marginales, modérées ou radicales dans le but de se protéger, de protéger son identité, sa culture, sa religion, sa philosophie, mettant sans aucun doute à mal la reconnaissance de l’autre qui, lui, est différent. 

Peur. Rejet. Ignorance. Ignorance de l’autre différent, mais aussi ignorance de la culture et/ou de la religion de l’autre. Plus encore, ignorance des principes régulateurs de la société et tout simplement du bon sens. Rejet et ignorance de l’autre font le lit de la violence. 

Dans les quartiers, les localités, les institutions, les entreprises et même au sein des associations, des individus s’affrontent au nom de la non-ingérence dans les affaires privées ; des individus se maintiennent à distance et tiennent à distance le fait religieux ; des individus se corrompent au nom de la paix sociale ; des individus se perdent dans des pratiques de communautarisme et de discrimination ; des individus bricolent des agir pour éteindre les rugissements des plus revendiquant; des individus occultent ou réduisent à néant les paroles des sans-voix.                                                             
Pourtant, la laïcité est rattachée à la notion première de peuple, « laos », dont est tiré le mot « laïque », forme savante utilisée à partir du seizième siècle1, qui induit les idées d’égalité, de justice et d’indivisibilité de la République. Libre et égaux en droit : personne n’a le droit de s’imposer à autrui. Bien plus, on est tous frères et sœurs !

Quelle remédiation ?

L’action publique en France encourage la construction d’un projet politique, social et culturel commun à tous les citoyens parés de leurs particularités et de leurs différences.

Laissant très loin les angoisses de son histoire, la république a recherché des solutions et aligné des dispositifs, parfois bonnes parfois mauvaises, pour remettre la fraternité en selle, gagner la voie de la réconciliation quotidienne et remporter la victoire de la cohésion sociale.

Mais la réconciliation nécessitant renouvellement, tel « un plébiscite de tous les jours » comme aurait dit le philosophe Ernest Renan, s’apparente au vouloir travailler, construire, être et vivre ensemble au quotidien.  

Le vivre ensemble…Mais qu’est-ce donc ?

Le vivre ensemble, un concept flou mais souvent employé, qui selon le dictionnaire, « exprime les liens pacifiques et de bonne entente mis en place et entretenus par des personnes dans leur environnement de vie ou leur territoire » Cette paix et cette bonne entente, ou harmonie suppose que les individus qui composent un environnement donné soient capables d’accepter et de reconnaitre la diversité sociale, culturelle, religieuse attachée au dit environnement. Le vivre ensemble est donc unité, diversité, altérité, sincérité, laïcité, liberté, égalité, fraternité…pour un développement social et économique commun.

Le vivre ensemble rend possible l’émancipation démocratique, économique et sociale des individus, des institutions et des collectivités de façon solidaire et durable. Le vivre ensemble place l’humain au centre des préoccupations et favorise le changement à travers les initiatives locales par des actions opérationnelles adaptées.

Une utopie ou un vœu pieux ?

Le vivre ensemble n’est aucunement une utopie car, il est volonté et action. Il ne peut être ni rester un vœu pieu, il doit même tendre vers le « bien vivre ensemble ». « Bien » parce qu’en son sein, il y a actions et réactions qui donnent une assise à une nature et une mémoire pacificatrice.

Le bien-vivre ensemble serait, toujours selon le dictionnaire, cet état d’harmonie que nous pouvons atteindre dans notre société diversifiée, par le moyen d’une culture de paix, de respect et d’appréciation mutuels, de bon voisinage, des relations coopératives. Cela suppose que chaque individu respecte et accepte les opinions divergentes, interagisse dans un esprit d’ouverture et de coopération, se relie aux autres de façon bienveillante. Ici finalement sont rappelés et prennent force les principes de la laïcité : liberté d’expression et le pluralisme des opinions ; le respect de la dignité humaine, de la diversité culturelle et des droits d’autrui (tolérance et la compréhension) ; participation de tous les citoyens aux affaires publiques, en leur donnant accès à l’information et aux médias.

Comment y arrive-t-on concrètement ?

Par le dialogue. Apprendre à mieux se connaître et se reconnaitre bon gré, malgré nos croyances ou non-croyances, nos valeurs ou antivaleurs, afin d’agir ensemble pour une société meilleure.

Par l’information : Apporter et favoriser l’accès à l’information afin de former et donc de transformer les individus  

Par la solidarité : Etre solidaire pour lutter contre toute tentative d’assignation à résidence culturelle de chaque individu…etc.

La carte que nous avons à jouer tous ensemble pour nous distinguer de ceux qui nient la nécessité du vivre ensemble et qui renforcent les conflits est celle de l’intermédiation sociale.

C’est un défi qui nous est posé pour que note dessein commun ne chancelle pas sous les coups de boutoirs répétitifs de la désinformation et des discours sécuritaire et populistes.

La médiation socioreligieuse et la solidarité doivent être au centre de nos actions, de nos cercles, de nos entreprises et organisations, de notre territoire. 

Voilà la voie pour redonner un sens, une vision et un objectif à notre projet social !

Claudia MOUANZA