La formation, c‘est à dire l’ « action de former », est le « fait de développer les qualités, les facultés d’une personne, sur le plan physique, moral, intellectuel ou de lui faire acquérir un savoir dans un domaine particulier » et par métonymie, « les moyens mis en œuvre, les caractères et les connaissances à acquérir ».

Le fait de développer les qualités et les facultés sous-entend une dynamique de valorisation qui, selon cette définition issue du dictionnaire, semble se décliner en trois mouvements : l’information, la formation et la transformation. Produire de la valeur, une amélioration ou un changement en faveur d’une chose, d’une personne ou d’une situation, nécessite un passage par trois verbes : (s’) informer ; (se) former ; (se) transformer.

Que représentent ces trois verbes dans notre société actuelle diversifiée, soucieuse d’un vivre ensemble pérenne ?

(S’) Informer pour …

Si informer c’est « faire savoir quelque chose à quelqu’un », il appartient aussi à chacun d’aller à la source d’une connaissance et d’un savoir associés à la diversité sociale que compose notre société. (S’) informer consiste à (se) doter des connaissances nouvelles. Mais cet acte est d’abord un désir, bien plus, une nécessité qui apprête à considérer indifféremment les êtres humains d’où qu’ils viennent et quoi qu’ils soient.

Aller vers l’information ou l’apporter c’est lutter contre la fausseté, l’approximation et la dérive. L’information, exempte de duplicité et donc de manipulation, est naturellement objective, empreinte de véracité et d’authenticité.

Il faut donc se garder de toute désinformation pour ne pas se laisser intoxiquer, notamment en ce qui concerne l’autre qui nous est étrange et étranger. En éprouvant systématiquement l’information relative à la culture de l’autre, à sa religion et à sa personne, on se forge un positionnement de base compréhensif et empathique en sa présence. Informer ou s’informer c’est donc laisser gagner ou se laisser gagner par une nouveauté, une étrangeté, un inconnu, tout en exerçant son propre sens critique, afin de l’appréhender et de l’intégrer dans ses propres représentations.

… (Se) Former et…

« Faire acquérir à quelqu’un [ou à soi-même] un niveau intellectuel, culturel, etc. en développant certaines connaissances, habitudes, manières, qualités ». L’action de former ou de se former façonne et conduit vers son corollaire, entendu comme éducation.

Accepter d’être façonné, et non formaté, est un acte d’engagement. Se former ou former c’est s’engager pour soi et pour autrui. D’où la difficulté de l’exercice, comme le décrit Michel Fabre : se former est une « opération de transformation de l’individu qui implique tout son être, toutes ses dimensions à la fois cognitives, affectives et sociales ; c’est un processus global et difficile ». Former ou se former est une épreuve. Se soumettre à une façon différente de concevoir les choses de l’autre ou de se représenter l’autre veut dire se remettre en question soi-même, accepter de se distancier vis-à-vis de ses représentations. Bien entendu, facile à dire plutôt qu’à faire, surtout lorsque le climat ambiant se prête à la stigmatisation, au rejet et à toutes formes d’ostracisation ! Mais attention, pas de panique, ni de quoi culpabiliser ! L’obstacle est franchissable.

Il suffit premièrement de repérer ce qui en soi, plutôt en nous, parce que tellement enraciné dans nos représentations, nos habitudes et nos façons de faire et d’être, nous fascine, nous facilite la vie mais malgré tout, nous empêche de voir et de considérer l’autre, différent, avec objectivité et donc avec humanité.

Deuxièmement, faire le nécessaire pour se dégager de cette « opposition » en identifiant objectivement et fonctionnellement, ce qui ne va pas dans la relation à l’autre, c’est-à-dire le problème culturel, social ou religieux, pour pouvoir le questionner et le comprendre. C’est là qu’interviennent la responsabilité et la liberté d’agir et de remédiation.

La formation est donc un « gain de conscience » qui nous permet, c’est sûr, de nous appuyer sur nos compétences acquises mais de les rejouer comme pour les tester et en acquérir d’autres. Elle nous permet de nous départir de notre assurance pour déceler nos difficultés et celles des autres. Elle nous permet de voir le possible dans l’impossible. 

Ce qui nous manque souvent face à la différence socioculturelle ou socioreligieuse que nous rencontrons, c’est l’engagement transformatif. Se former ou former est un processus durant lequel les représentations initiales sont remaniées afin de produire un changement. Se former ou former implique une capacité à affronter et à franchir les obstacles, à analyser les problèmes rencontrés, et à soutenir l’épreuve difficile de la mutation afin de s’ajuster à l’autre.

…(Se)Transformer.

Nous l’avons vu en amont, l’information, devenue formation est transformative lorsque les conditions sont réunies. Se transformer ou transformer autrui c’est s’engager à devenir autre, « à changer de telle manière que le comportement, la personnalité se trouvent visiblement modifiés ». De facto, l’individu qui se transforme transforme autrui. Comme une semence, il pose des actes bienveillants, pacificateurs et citoyens contribuant au vivre ensemble et à une société mieux renseignée et plus humaine.

La formation permet ainsi de choisir à penser qu’il y a des possibles offerts par nos savoirs, nos compétences et nos pratiques capables de favoriser le changement dès lors que nous  acceptons que nos représentations et nos connaissances soient rectifiables sociohistoriquement (Bachelard), généralisables vers d’autres contextes et utilisables pour d’autres problèmes. 

Il est important de connaitre l’origine de sa culture, on l’a dit, non pas pour s’y cramponner mais pour mieux la traduire dans notre société contemporaine multiculturelle et en l’utilisant non pas comme obstacle-problème pour l’autre ou pour soi, contre l’autre ou contre soi, mais comme une occasion opportune pour penser un avenir en commun. Le cadre laïque nous en donne à la fois le sens et l’opportunité.

Comment penser l’inconnu, l’étrangeté ? 

Partir de ses propres représentations qui sont des obstacles, les interroger pour s’en distancier et les solliciter comme outils pour aborder la culture de l’autre. Faire une lecture de l’étrangeté en tirant parti des grilles analytiques fiables et reconnues scientifiquement, reconnues comme citoyennes et humaines.

Vue de cette façon, la formation est donc pacification car, elle éclaire sur la nébulosité apparente présentée par l’inconnu, l’étrangeté ; elle renseigne sur l’humanité de celui qui porte en lui la différence ; elle nous réconcilie avec notre propre humanité ; et enfin, elle modère et réajuste nos interactions dans la société.

Claudia MOUANZA

Ingénieure Consultante ERP 
Laïcité-Pluralisme-Vivre ensemble et Médiation socioreligieuse

 

cfm-and-co.fr